Je me méfie toujours un peu des prix littéraires. Ils sont parfois un peu trop; trop travaillés, trop précieux, trop écrits pour être lu avec plaisir.
Cette année, le prix Goncourt a été décerné à Eric Vuillard pour L’ordre du jour. Méfiance donc.

Par chance, on en parle justement dans La Dispute (l’un de mes podcast préférés) avec un tel enthousiasme que je suis intrigué. Faute du prix Goncourt (que j’achèterais quand il sortira en poche), je fais l’acquisition de quatre autres de ses livres.

Me voila conquis; Eric Vuillard est tout simplement un magicien. Qu’il raconte le découpage de l’Afrique dans Congo, la récupération terrifiante du massacre des indiens en show planétaire par Buffalo Bill dans Tristesse de la terre,  dou la grande guerre de 14-18 dans La bataille d’Occident, il nous fait réfléchir sans nous y forcer, par son montage et son écriture légère et précise.
A part Conquistadors (une épopée un peu plus longue et hermétiques sur la conquête-massacre du Pérou par les espagnols), ses autres livres sont très courts (une centaine de pages) alors qu’ils contiennent pourtant énormément de matières. Et c’est là une des magies d’Eric Vuillard : arriver à faire tenir un monde en une centaine de pages, sans que cela devienne ni écoeurant ni assommant.
Au contraire, ca se lit particulièrement bien. On a envie de lire chaque mot, chaque ligne pour ne pas en perdre une seule goutte.

Ce ne sont ni des livres d’histoire, ni des romans, mais des récits. Car Eric Vuillard nous raconte.
Il raconte l’histoire au présent, sans dorure ni nostalgie. Il raconte à hauteur d’homme. Il raconte les gens, les esprits et les corps. Il raconte le comment et le pourquoi, avec son regard d’homme d’aujourd’hui, avec ironie et poésie.
Un écrivain indispensable.

Crédits photos : Gertrude Käsebier, Portrait de Zitkala Sa