SOS Bonheur – (Van Hamme / Griffo – Dupuis)
Alors là, mes enfants, on touche au mythe. Jean Van Hamme et Griffo, déjà, ça pose son candidat. Quand tu découvres que le premier tome est sorti il y a trente ans cette année, tu te dis que t’as zappé un putain de paquet d’anniversaires à fêter. Et quand tu apprends qu’une nouvelle saison a démarré (je te rassure ce n’est pas une suite) en fin d’année dernière, c’est la stripteaseuse qui sort du gâteau avec une cerise entre les miches qui danse sous tes yeux.

Soyons clairs : tout ici a fait école. Un mot sur le dessin. Ne vous contentez pas de le regarder vite fait, comme ça, comme de vagues couleurs entourant les bulles blanches. Sans être un spécialiste, on s’aperçoit vite que le trait est particulier, on baigne entre l’influence belge, fondatrice, et le comics US underground de fin 80’s.

Et l’histoire. Oh mon god, je pourrais me palucher sur le scénario. Si les inspirations de l’auteur sont à chercher du côté des dystopies référentes, type 1984, la structure du récit a inspiré de nombreux scénaristes depuis.
Van Hamme livre une histoire d’une richesse incroyable en 3 petits tomes de 46 pages chacun. La construction du récit est haletante, avec tout d’abord de nombreuses histoires isolées, puis, dans le dernier tome, à l’avant-dernière page, tu comprends qu’on te l’a fait à l’envers. Et toi comme un pti lapin avec ses yeux étoilés, t’as maté le semi-remorque te foncer dessus. Pendant 2 tomes et demi. R.I.P. Bugs. Là, tu poses la BD, un peu abasourdi. Nombreux seront ceux qui penseront « Oh les bâtards… ». Dans ces conditions, après un viol de ton intelligence, tu peux, c’est bien un minimum. Je suis passé par là. Tu vas te refaire le truc dans la tête, mais rien n’y fera, sors un kleenex tout propre et tu t’y recolles. Et tu rekiffes d’être passé pour un crétin. L’angle de lecture est différent, la violence, l’ironie, les détails qui avaient échappé à la première lecture te pètent à la gueule dans un plaisir à la limite du masochisme.

Sérieusement, depuis combien de temps t’as pas lu un truc qui te surprenne ? Pas un vieux « bouh ! » de te meuf qui veut gagner du blé sur Youtube. Nan mon con, je parle d’une histoire si bien ficelée qu’au début du dernier tome, quand monseigneur Van Hamme va te donner un pti bout d’os à ronger, tu vas te dire que je suis vraiment une burne de n’avoir rien compris à ce moment-là.
Repenses-y quand, après la dernière page, tu te repentiras. Tu vas avoir envie de m’ériger un autel, tellement tu me voueras un culte de t’avoir illuminé, mais oublies, je t’en veux toujours de m’avoir pris pour un con.

La magie des chefs-d’œuvre est qu’ils sont universels et intemporels, le phare qu’il porte sur la société imaginée n’est pas sans rappeler quelques dérives. Bien actuelles, elles.

Peace.