Transmetropolitan – (Ellis / Robertson – Vertigo Comics)
Peut-on être un putain de goujat malpoli, violent, drogué, misanthrope, un peu hors-la-loi et en même temps être Le héros ? Mais oui Monique !
Je ne te parle pas d’un amuseur des bacs à sable à la Deadpool. Non. Spider Jerusalem est Mon héros. Et Ellis l’un de mes Dieux.
En lisant les aventures de Spider, la claque qui va fendre ta tronche en deux sera aussi violente que les fous rires ou les moments de dégoût, souvent liés, qui remueront ton petit bidon.

L’univers que dresse Monsieur Warren Ellis est une utopie à moitié ratée, une dystopie à moitié réussie diront d’autres, mais l’histoire qui nous est racontée est porteuse d’un espoir bien dissimulé.
Imagine La Ville : la notion de liberté du corps est poussée à son paroxysme, les maladies les plus communes ont disparu, laissant place aux excès de toute sorte. Chacun dispose d’un faiseur qui lui permet de produire ce qu’il veut, de la nourriture aux vêtements. Malgré tout, une chose persiste : l’inégalité.
Un peu contre son gré, Spider est l’icône des petites gens, et fait rêver les étudiants en journalisme en dénonçant avec force et videur de boyau les injustices qui sont le socle de cette société vérolée. Ses cibles favorites sont les présidents en place, qu’il s’évertue à dénoncer en les trainant dans la merde la plus fétide : la leur.

Mais ne t’y trompe pas, Spider n’est pas juste un énervé sous amphet’ et sans limite, c’est un homme débordant d’empathie, qui se démène pour aider les plus faibles « même s’ils ne le méritent pas ».
La relation que Spider entretient avec ses deux assistantes, aussi barrées que lui, permet à l’auteur de mettre à nue les failles de l’homme, tout en apportant de nouveaux ressorts de folie comique. Ce trio est entouré de nombreux personnages secondaires, des plus drôles aux plus glauques, que t’auras envie de tatouer sur ton petit body tant ils sont parfaits. Le coup de crayon de Darick Robertson n’y est pas étranger, lui qui nous plonge dans l’univers comics US, underground et coloré, de la fin du XXème siècle.

En pleins états généraux de la bioéthique, les 6 tomes de Transmetropolitan pourraient faire l’objet d’une conférence dédiée, tant l’auteur a pris soin de nous confronter aux résultats liés à un lâchage de bribe total sur ce sujet. Et sans jamais dépeindre le tableau uniquement de noir ou de blanc, mais en démontrant simplement ce que l’on connaît aujourd’hui : quelle que soit les avancées sociétales ou technologiques, il y aura toujours des humains pour les pervertir.

Un anti-héros déjanté, une réflexion sur le transhumanisme, de l’humour, une pointe de gore, et un chat à deux têtes qui fume. Je crois que si un jour j’avais cru en un dieu qui n’est pas auteur de BD, c’est exactement ce que j’aurai demandé dans mes prières.

Amen.